C’est cher, 70 livres au XVIIIe siècle ?

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Ça fait une belle bibliothèque.

Pour savoir si une monnaie est chère, il faut surtout regarder le coût de la vie. Cette somme de 70 livres n’aura pas la même valeur entre un négociant de La Rochelle et un esclave des Antilles.

Pour commencer, la livre est une monnaie de compte utilisée en France de 781 à 1795, elle sera ensuite remplacée par le franc (dont on parle ici). Il y a eu plusieurs sortes de livres, tournois ou parisis, jusqu’à la seule utilisation de la livre tournois.

En 1667, la livre équivaut à peu près à 11 euros de 2010. Un autre indice des coûts de la vie à cette époque estime que la livre du XVIIe siècle vaut entre 32 et 16,6 euros, et 10 euros au moins à partir du XVIIIe siècle.

Par exemple, entre deux années 1788 et 1789, une livre vaudrait entre 10 et 8,6 euros, ce qui montre que la monnaie fluctue, d’une part celle de l’époque, et aussi l’euro entre 2007 et 2010.

D’autres sources placent la livre de 1785 à 2,56 euros. Il est donc très compliqué d’avoir des conversions parfaitement fiables et efficaces – nous ne pouvons simplement qu’avoir une idée imprécise de la valeur de 70 livres. Entre 700 et 160 euros du XVIIe au XVIIIe siècle.

Concrètement, quel est le coût de la vie au XVIIIe ? On estime qu’un cuisinier gagne 950 livres par an, un laquais 540 livres, un jardinier 400 livres. Un ouvrier journalier, peu qualifié, gagne une livre par jour, un ouvrier qualifié le double. Un fermage complet coûtait 100 livres par an, un lit parfaitement équipé 10 livres, un agneau et une brebis 5 livres, une vache et un veau 40 livres.

Durant l’esclavage, le prix moyen d’un esclave baisse en raison de l’arrivée massive des navires négriers. On estime que l’esclave coûte entre 500 et 2000-2500 livres, le prix peut changer selon sa constitution et sa condition physique. Ainsi que la valeur de la monnaie dans les colonies, différente de celles des métropoles.

L’esclave pouvait donc acheter sa liberté à 70 livres, une petite somme pour un travailleur français, mais une somme importante pour un travailleur dans une plantation…

D’ou vient l’indigo du commerce triangulaire ?

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Pigment

Parmi les produits prisés par les européens utilisant le commerce triangulaire, on trouve l’indigo. Une couleur bleue présente dans le monde végétal – donc dans les plantations du Nouveau Monde, mais aussi ailleurs dans le monde.

L’indigo comme pigment se trouve dans le pastel et dans l’indigotier.

  • Le pastel est une plante à fleurs jaunes, venue de la Mer Noire (tiens donc !) il y a plus de 8000 ans. La teinture (la coloration des tissus) est avérée dès le Néolithique dans le sud de la France. Les peuples celtes et germains utilisaient le pastel pour se peindre la figure, dans les cérémonies religieuses par exemple. Le bleu devient ensuite au Moyen-Age une couleur divine, avec la couleur de la robe de la Vierge Marie. Il va être ainsi très demandé. La création particulière des pigments se faisant en boules, les coques ou cocagnes, les pays de cocagne sont donc des régions où l’on fait des teintures et des pigments (Amiens, Toulouse).

(point chimie : la fleur jaune donne du bleu par le processus d’oxygénation, en laissant les tissus sécher à l’air libre).

  • L’indigotier est un arbuste aux fleurs violettes, venu d’Asie tropicale. L’explorateur portugais Vasco de Gamma, qui est le premier à arriver aux Indes au XVIe siècle, rapporte l’indigo en Europe. Le nom latin Indicum signifie « venu d’Indes » et a donné finalement son nom à la couleur – même si on retrouve le mot dans le sanskrit. L’indigotier étant bien plus efficace dans les teinturies, son arrivée signe la fin des pays de cocagne. Le bleu fait son entrée dans les couleurs favorites des européens, qui en font un commerce prolifique.

 

Très utilisé dans de nombreuses civilisations (précolombiennes, celtes, africaines, germaines, persanes, orientales, indiennes…), l’indigo se développe dans les plantations des Antilles : Guadeloupe et surtout Saint-Domingue deviennent les fournisseurs des ports français comme Bordeaux ou Marseille. Cette culture continuera jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

On retrouve la couleur en 1873 à San Francisco, puisque les tailleurs Levi-Strauss et Jacob Davis « inventent » et brevettent le jean, un bleu de travail en toile teintée à l’indigo.

Pour mettre des images sur des mots, voici l’extraction de l’indigo à l’époque du commerce triangulaire. On remarque les bassins, les différents végétaux cultivés et les esclaves qui travaillent sous le regard du maître. 

Indigoterie-1667

Jean-Baptiste du Tertre, Indigoterie : série de bassins permettant d’extraire l’indigo, Histoire générale des Antilles, 1667.