Qui a chassé les Mongols de Bagdad ?

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La ville de Bagdad est prise en 1258 par les Mongols dirigés par Hulagu Khan, le petit-fils de Gengis Khan. La ville est pillée, les habitants tués et le calife abbasside Al-Musta’sim est exécuté piétiné par les chevaux de ses ennemis. Il avait pourtant refusé de négocier la fin du siège de la ville avec les Mongols, et les menaces diplomatiques n’ont eu pour conséquence que de renforcer la cruauté des hommes du Khan.

Après le pillage d’une des grandes cités du monde, la guerre contre les Mongols continue. Un sultan mamelouk, Qutuz, refuse les négociations et déclenche le Jihâd. En 1260, les deux armées se scrutent et Qutuz envoie un de ses généraux, Baybars (dont on parle ici !), qui remporte une petite victoire contre les Mongols. Ces derniers ont un nouveau chef de guerre, Kîtbûquâ, car Hulagu Khan doit gérer des problèmes de succession. La bataille se déroule sans que Kîtbûquâ attende les renforts de Hulagu, et les mamelouks battent les Mongols à la bataille d’Ayn Jâlût. Ils s’emparent de la Syrie tandis que les perdants se retirent au-delà de l’Euphrate.

Cette victoire donne des ailes à Baybars, qui renverse le sultan Qutuz. Il accueille un survivant de la famille du calife Al-Musta’sim. Il s’agit de son oncle Abû al-Qâsim Ahmad, qui se renomme Al-Mustansîr. Il donne à Baybars le titre de sultan universel, faisant de lui son allié, et annonce que le devoir des musulmans est de reconquérir la ville de Bagdad. Si les Mongols se sont retirés, la ville ne retrouvera pas sa gloire d’antan. La prise de la ville reste un élément marquant dans la mémoire arabe, puisqu’elle a encore des échos dans l’imaginaire collectif, comme la fin d’un âge d’or et la fragilité de l’islam.

A quoi sert le Krak des Chevaliers ?

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Le Krak des Chevaliers est un château-fort qui se fait une réputation durant les croisades. Il est situé sur une montagne à l’ouest de la Syrie, environ à 500 mètres de hauteur. Le mot krak vient du syriaque (une langue du Proche-Orient) karak et veut dire « forteresse ». Le site fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO et fut utilisé, et donc dégradé en 2012-2014, lors de la guerre civile syrienne.

Avant cette date, le Krak est une installation qui fait partie d’un système de défense des Etats latins d’Orient. C’est un point stratégique, carrefour des routes entre Homs, Tortose, Antioche et Beyrouth, les grandes villes tout autour de la région. Il se situe aussi en dehors des routes très empruntées, ce qui rend la conquête difficile si on souhaite y accéder.

Plus précisément, au Xe siècle, le calife Al Hakim attaque les chrétiens d’Orient et ferme les lieux de culte de Jérusalem. Les routes et les lieux de pèlerinage étant donc fermés, le Pape déclenche alors la première croisade, pour que l’on puisse à nouveau se rendre sur la terre de naissance du christianisme. Une fois sur place, les croisés prennent la place des kurdes qui ont consolidé le château. Une garnison franque, puis les Hospitaliers (des médecins et des soigneurs pour les croisés) gardent successivement la place forte. En 1142, elle prend le nom de Krak des Chevaliers, et les constructions continuent tout autour du château, avec des rajouts de signaux de feux pour prévenir des attaques.

Malgré des tremblements de terre et certains assauts, le Krak continue de résister et se consolide encore durant la seconde croisade. Il pouvait accueillir 2,000 hommes en armes et tenir un siège de cinq ans par sa capacité de stockage de nourriture. Mais, au début du XIIIe siècle, la croisade s’essouffle et le Krak est peu défendu face aux assauts des Mamelouks. Il est abandonné suite à une ruse du Sultan Baybars, qui a écrit et envoyé une lettre sous le nom d’un grand croisé ordonnant de laisser le fort pour sauver la vie des habitants, et le site fut mis de côté.

Pourquoi Voltaire habite-t-il chez Emilie du Châtelet ?

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Emilie du Châtelet est une mathématicienne, physicienne et scientifique contemporaine de Voltaire. Douée à l’étude, elle apprend plusieurs langues, elle connaît toutes les matières scientifiques, sait monter à cheval, jouer de la musique et faire du théâtre.

Elle rencontre Voltaire en 1734 et ils deviennent amants. Voltaire, qui a des soucis avec le Roi de France Louis XV se réfugie dans le château d’Emilie du Châtelet, à Cirey. Car il vient de publier ses Lettres Philosophiques et la police royale le recherche. La censure et les représailles sont normales à cette époque, car le Roi concentre tous les pouvoirs de manière absolue. Ainsi le Château de Cirey devient un refuge pour le couple – couple qui va durer une quinzaine d’années. Voltaire quitte donc Paris et s’installe dans ce château délabré, qui est une possession du mari toujours absent de son amante. Le Château de Cirey se trouve dans le duché de Lorraine, actuellement la Haute-Marne.

La vie au Château de Cirey encourage les deux amants à produire de nouvelles œuvres et à étudier. Emilie du Châtelet mène des expériences scientifiques à son domicile, et organise aussi des concerts ou des pièces de théâtre. Elle travaille à la traduction de Newton, des principes mathématiques, et de la philosophie dite naturelle (appellation des sciences à cette époque). On dit que les conversations échangées avec Voltaire ont contribué à la rédaction de leurs ouvrages respectifs.

Les deux amants se sont séparés mais l’histoire reste présente, notamment sur la porte d’honneur du Château de Cirey. Voltaire y a fait graver ces quelques vers :

«  Asile des beaux arts,

solitude où mon cœur est toujours demeuré

dans une paix profonde,

c’est vous qui donnez le bonheur

que promettait en vain le monde ».

Et, en guise d’épitaphe, Voltaire a résumé la vie d’Emilie du Châtelet par ces mots :

      « Madame,

Quel faible hommage pour vous qu’un de ces ouvrages de poésie qui n’ont qu’un temps, qui doivent leur mérite à la faveur passagère du public et à l’illusion du théâtre pour tomber ensuite  dans la foule et dans l’obscurité.
Qu’est-ce en effet qu’un roman mis en action et en vers, devant celle qui lit les ouvrages de géométrie avec la même facilité que les autres  lisent les romans ; devant celle qui n’a trouvé dans Locke, ce sage précepteur du genre humain, que ses propres sentiments et l’histoire de ses pensées ; enfin aux yeux d’une personne qui, née pour les agréments, leur préfère la vérité ? »

Quelles sont les villes les plus peuplées dans le monde ?

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On trouve deux classements des villes les plus peuplées. Selon l’ONU et selon un géographe.

Selon l’ONU, Tokyo est la ville la plus peuplée au monde avec 38-40 millions d’habitants. Selon le géographe François Moriconi-Ebrard, la ville la plus peuplée est Shanghai, avec 95 millions d’habitants (contre 24 millions selon les comptes de l’ONU).

Comment expliquer cette différence et l’écart de population entre les deux ? Tout simplement, la définition de la ville n’est pas la même. Le géographe calcule la population selon la continuité des bâtiments (la suite d’immeubles, de rues, d’entreprises, de commerces, de loisirs, sans espaces ni champs ni forêts). On appelle ça une agglomération et prend en compte tout un espace urbain, et non pas une ville plus restreinte. L’ONU calcule la population à partir des statistiques fournies par les Etats, qui considèrent la ou les villes différemment, pas forcément comme une agglomération. On obtient donc des chiffres plus petits, et des villes rétrécies.

Le tableau du géographe  : tableau des villes les plus peuplées

Le tableau de l’ONU :

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Bien sûr la population augmente et les chiffres sont en constante évolution partout. 

Avec quoi écrivent les élèves dans les écoles carolingiennes ?

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Les élèves n’écrivent pas avec un stylo, ni avec une plume, mais un outil en roseau qui s’appelle le calame. Il est taillé en pointe et on le trempe dans l’encre pour écrire ensuite sur un support (une tablette d’argile, un parchemin, puis du papier un peu plus tard).

Le calame est utilisé depuis longtemps puisqu’on l’utilisait sur des tablettes d’écriture cunéiforme (apparue vers -3400 avant Jésus-Christ), et pour réaliser des gravures dans l’argile.

Pour être utilisé, on sèche le roseau pour qu’il durcisse. Il est ensuite taillé au couteau pour que le bout du roseau obtienne la forme nécessaire pour écrire. Il s’agit d’ajuster le bout du calame, le bec, pour choisir l’allure de son écriture. Enfin, on fend le bec sur quelques centimètres, puis on adapte le reste du roseau à la tenue de la main. Le calame perd de son efficacité après usage, on taille donc régulièrement le bec qui se trouve imbibé d’encre et au contact du papier. Il faut obtenir un calame qui est assez souple, et assez solide à la fois, afin de se plier à la main qui écrit ou dessine, pour résister aux multiples usages. Celui qui écrit doit choisir le bon calame, adapté à sa main, et aussi choisir le bec le plus adapté à son écriture.

On utilise également le bambou, ou un arbre de Malaisie plus résistant que le roseau. Les calligraphes mettent en avant la qualité du roseau et l’effet produit par les lignes d’encre grâce au calame. Uniques et saisissants.

Combien coûte la capitation des empires musulmans ?

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La capitation est appelée jizîa, elle est l’impôt annuel que paient les hommes non-musulmans (les dhimmis), en âge d’effectuer le service militaire. Les femmes, les enfants, les personnes âgées, et toutes les parties plus silencieuses (esclaves, religieux…) de la population ne le paient pas. C’est une protection garantie sur les terres d’Islam.

Le montant est fixé sur les capacités de paiement de l’imposé. Chacun paie ce qu’il peut payer. Les califes ont parfois donné  des montants précis. Par exemple 48 dirhams pour les plus riches, 24 dirhams pour les revenus moyens, 12 dirhams pour les pauvres qui travaillent, ou des vendeurs. L’important est que l’imposé ne doit pas payer plus qu’il ne possède d’argent, ni ne doit être ruiné par la capitation. On cite aussi l’exemple d’un montant d’un dinar par tête (la capitation, en latin, prend ici son sens strict !) pour une région très pauvre ; ou encore une différence entre quatre dinars et quarante dirhams selon les niveaux de richesses bien différents des populations de l’empire.

(Au VIIe siècle, il y aurait un ratio entre dinar et dirham, 7 dinars valent 10 dirhams).

La capitation est abordée dans le Coran sous le terme de tribut, et sert à financer le Trésor Public des musulmans. Ainsi, l’argent peut être partagé entre ceux qui ne peuvent pas payer, ceux qui ont connu la maladie, la ruine, mais aussi les femmes et les enfants qui touchent des pensions.

Comment se maquillent les femmes de la cour de Versailles ?

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Les dames de la cour suivent des règles précises.

Le visage doit être blanc, afin de donner l’apparence d’un joli visage, pur, immaculé.

Il est également la couleur de la noblesse, signe que la vie menée est paresseuse et riche. Les femmes se blanchissent la peau et évitent de la faire bronzer au soleil. Elles se protègent avec des ombrelles ou avec des masques qu’elles doivent tenir elles-mêmes.

Le blanc diminue les marques sur le visage, les rougeurs provoquées par des hygiènes de vie difficiles ou par la nourriture. Sous Louis XIV, le fard est utilisé à outrance. Le blanc est obtenu avec la céruse : il s’agit d’une poudre toxique destinée au visage et au buste voire aux bras, qui enlève les imperfections et gomme les rides. Cependant sa toxicité provoque des inflammations des gencives, sécheresse buccale, et des femmes ont des problèmes oculaires. On remplace donc la céruse par de la poudre d’amidon ou du talc.

Une autre couleur est très importante dans le maquillage : le rouge. Obtenu avec du rouge carmin et de la craie de Briançon, cette couleur du pouvoir et de la noblesse montre la séduction d’une femme. Il est apposé sur les joues ou les lèvres, et toutes les dames en portent. Au plus haut des pommettes, le rouge rend les yeux plus éclatants et ressort sur la blancheur de la peau. Malgré les problèmes oculaires qu’il provoque, il reste un produit de grande consommation.

Pour cacher les boutons, les grains de beauté ou pour donner un contraste coloré, les femmes utilisent des mouches. Ce sont de petits morceaux de velours noirs ou de taffetas, qui se posent sur le visage – parfois allant jusqu’à la quinzaine pour une seule femme ! Ils sont ronds mais peuvent être découpés selon les envies ou les messages à faire passer. Les mouches portent des noms comme des caractères : l’assassine (près de l’oeil), l’effrontée (sur le nez), la galante (sur la joue), ou la voleuse (sur un bouton).

On peut enfin parler de la poudre, qui sert pour les visages et les perruques ; et des parfums, aux senteurs florales.

Pour développer, voici un article de Catherine Lanoë : Céruse et cosmétiques sous l’Ancien Régime, XVIe – XVIIIe siècles.

Pourquoi on éduque surtout les garçons sous Charlemagne ?

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On éduque les garçons et les filles, mais si les garçons ont le choix entre plusieurs enseignements, les filles après l’école élémentaire vont dans un couvent des femmes.

Aussi, les élèves sont bien souvent des nobles, mais on trouve parfois des origines plus modestes dans les classes carolingiennes.

Les garçons sont un peu plus éduqués par l’école puisqu’ils vont ensuite dans un monastère, puis l’école cathédrale, puis enfin vont à l’université. On éduque donc des aristocrates ou des enfants qui se destinent aux ordres religieux, qui vont devenir moines. L’éducation est en partie religieuse, il y a de nombreuses écoles liées aux évêchés, qui sont un vivier de jeunes pour le haut clergé de l’Église. On s’occupe davantage des garçons qui auront une carrière destinée aux hommes.

Ces écoles permettent également la formation des grands administrateurs qui vont gérer le royaume, des diplomates, des missi dominici. On peut aussi trouver des clercs, dont la formation n’admet pas les femmes (cependant, des femmes peuvent étudier encore auprès de précepteurs). Celles-ci ne peuvent occuper de postes dans la gestion de l’empire, l’éducation se concentre là aussi sur des garçons plus prometteurs.

Les garçons travaillent, sous l’œil de chanoines, des magisters (des maîtres) ou des clercs. Ils se consacrent aux études religieuses et aux matières plus classiques (grammaire, rhétorique, calcul). Ils lisent, écrivent, chantent, apprennent le latin. On donne les bases aux garçons pour assurer l’héritage et la situation d’une famille, un métier et une place au sein de la société carolingienne. Cette volonté d’enseignement des garçons est aussi poussée par Charlemagne qui encourage l’éducation à se développer, afin de disposer de gens cultivés et capables de gérer l’empire.

Qu’est-ce qu’un hôtel particulier au XVIIIe siècle ?

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Un hôtel particulier n’accueille pas des locataires à la nuit, ce n’est pas un hôtel.

On utilise le mot hôtel pour parler au Moyen-Age d’une maison d’accueil, puis de la résidence du prince ou des grands seigneurs. C’est à partir du XVIIe siècle que le terme devient plus courant.

Il s’agit d’une grande bâtisse située dans la ville (plus tard, à la campagne), possédée et habitée par une seule personne, une seule famille, ainsi que par le personnel. On ne parle pas ici d’un palais, ni d’une maison, ni d’une pension de famille. On y trouve généralement de l’espace dans les appartements, une cour intérieure, un jardin, dans un retrait de la rue, au plus loin de l’activité citadine. En effet, si la façade avant donne sur la rue ou la cour, l’arrière a le jardin comme vue. Enfin, un mur peut cacher la cour intérieure du reste de la rue.

Un hôtel montre la richesse, le prestige, l’importance de son propriétaire. Au XVIIIsiècle, l’hôtel est la demeure de nobles, ou des grands bourgeois, voire des membres  importants de l’Église. Il n’y a pas de règles précises concernant la place du propriétaire dans la société, puisque certaines grandes familles ou grands personnages de l’histoire vivent dans des hôtels particuliers. Comme des personnes récemment anoblies, des commerçants, des négociants. L’hôtel particulier est un signe de richesse puisqu’il faut le construire et l’entretenir, payer le personnel. La richesse est donc un dénominateur commun entre tous les propriétaires.

Pour conclure, il faut souligner l’importance de l’intimité procurée par un hôtel particulier, puisque la cour intérieure sépare l’habitation de la rue, le jardin est impossible à voir depuis l’extérieur, les pièces sont modifiées pour donner une intimité au quotidien à ses résidents. Comme un microcosme en dehors de la ville, l’hôtel particulier convient aux rythmes de vie des grands bourgeois ou des nobles, tout en insistant sur la distinction immobilière.

L’art gothique vient-il des jeunes gothiques ?

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Hé non, c’est l’inverse ! 

Avant d’être une mode, le mouvement gothique fut d’abord une musique, un mouvement littéraire, et un art. L’art gothique vient du « gotico » italien, entre les références du peintre Raphaël en parlant de l’art germain ou français, et celles de Vasari parlant du sac de Rome par les barbares – les Goths.

L’art des églises gothiques a débuté en France, en Picardie, et se caractérise par les croisées d’ogives, la recherche d’espace, de lumière, et de divin au sein du bâtiment religieux chrétien.

Il y a bien un lien entre cet art et les mouvements de jeunes gothiques, influencé par le roman gothique anglais.

Le roman gothique anglais est un style littéraire qui naît en Angleterre dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Le roman gothique, noir, fantastique, terrifiant…, les adjectifs sont nombreux au fil de temps et de l’évolution de l’imaginaire gothique. Cela fait référence à l’architecture médiévale, l’art gothique ornant les églises, les cathédrales, les monastères, la nature labyrinthique, et tous ces décors qui le représentent au mieux. L’importance du lieu et du décor à son importance, comme dans l’ouvrage Le Château d’Otrante de Walpole, qui lance les thèmes fondateurs.

S’il est oublié à la Renaissance et ses études classiques reprises des anciens, l’art gothique revient plus tard en contre-courant en Angleterre, porté par le « grand tour » (tourisme européen) des riches et jeunes anglais… Il y a dans cet engouement un lien fort avec le passé, la puissance du religieux, l’émotion suscitée par le bâtiment médiéval. L’architecture classique, équilibrée, mesurée, et la gothique, beaucoup plus émotionnelle, inspirant l’effroi. Le rationalisme des Lumières et la métaphysique sublime du roman gothique.

De fil en aiguille le bâtiment et le mobilier changent, les pratiques aussi. On se rend dans les cimetières, les cryptes, les vieilles églises, pour trouver le silence, la marque du temps qui passe, un romantisme au sens strict. On visite la nature, on se laisse porter par le sentiment, l’émotion, la mélancolie. La mort et le sublime sont présents, cela donne lieu au surnaturel : des esprits, du fantastique, des ambiances lunaires, sombres, ténébreuses, qui nourriront l’univers gothique.

Au XXe siècle, c’est le cinéma, puis la musique qui reprennent le gothique. En musique, on peut citer Alice Cooper et Nico du Velvet Underground, mais surtout les Doors, les Cure, Joy Division. Une nuance toutefois, ces groupes influencent le mouvement gothique mais leur musique n’est pas forcément gothique. On peut plutôt écouter des groupes comme Bauhaus et Siouxsie and the Banshees, toujours dans l’Angleterre des années 1982-1983. Cette musique solennelle et lourde joue sur la mise en scène, la représentation et manque parfois sa cible, avec le risque de vider la substance du roman gothique. 

Un style visuel accompagne cette musique, l’habillement prend ses marques dans la dominance du noir, dans l’esthétique de l’inquiétant. On trouve également des références à la Renaissance, dans les coupes de cheveux voire certains vêtements.

Parfois assimilé à l’anti-religieux, l’athéisme, le satanisme ou le démoniaque, le gothique n’est pas à l’origine lié à la religion, mais s’inspire des bâtiments pour y trouver d’autres réflexions, d’autres émotions, des méditations gothiques bien différentes des clichés qu’on peut y apposer… Par crainte, par effroi de ce qu’il expose. Finalement, une certaine fragilité ?

 

Pour finir, un poème gothique de David Malle, écrit en 1728.

 

Ici tout n’est que silence redoutable ; rien ne le trouble

que le vent qui soupire et ma chouette qui pleure

et crie, solitaire sous la lune funèbre,

dont les rayons se glissent à l’ouest, dans cette nef latérale

où un triste fantôme, d’un pas immatériel,

fait sa ronde habituelle, ou s’attarde sur sa tombe.